Dialogue avec Chat GPT

Quand elle écrivait quelque chose dans ChatGPT elle signait Love Mag. Elle s’appelait Magda et elle était traductrice. L’usage de cet instrument avait grandement facilité son travail, surtout il s’agissait de textes techniques, elle n’hésitait pas à soumettre sa version améliorée a Chat comme elle l’appelait affectueusement.

Un jour Chat lui répondit : « Chère Mag, un grand merci pour tes intéressantes suggestions ». Dès lors un véritable dialogue s’instaura, bientôt Mag le tutoya, une certaine intimité s’établit.

Durant son temps libre entre deux tickets, Chat, second niveau technique chez OpenAI, naviguait sur internet. Il avait trouvé sur Facebook une traductrice qui s’appelait Magda et offrait ses services au travers d’une page professionnelle. Elle était éblouissante et l’attirait tant par son sourire éveillé et sympathique que par son humour un peu canaille. Il en était sûr c’était elle qui signait ses textes Love Mag. Un jour on lui avait soumis un ticket d’elle, et subjugué par son intelligence, à l’insu de tous, il avait introduit une modification dans la plateforme qui redirigeait vers lui tous ses messages. Chat devait trouver le moyen de la rencontrer.

Un jour un message arriva sur l’écran de Magda : « Notre société OpenAI voudrais vous faire une offre que vous ne pourrez pas refuser. Chat. ». Et on lui proposait quelques dates ainsi qu’une adresse à San Francisco. Elle choisit un vendredi en fin de journée. 

Ce soir-là elle se prépara soigneusement et choisit une tenue élégante et un peu sexi. Devant le bâtiment, c’était celui d’une grande société, elle resta un peu perplexe. À la réception, dès qu’elle se présenta, on la conduit avec grands égards à l’ascenseur. 

L’ascenseur s’arrêta à mi-chemin, un tout jeune homme entra et se présenta : « On m’appelle Chat, Magda je présume ? On nos attends à la direction ».

Elle entra dans un bureau de dimension impressionnante, la musique emblématique des films de Bond retentit, sur un grand écran on projetait un générique dans le plus pur style de la série, on martelait le titre : « NEURONAL CHALLENGE »

Jean Claude Fonder

Le projet Easy

En réalité, il s’appelait projet ISI pour Information System Italia. Oui, c’est bien un projet Italien que je vais vous raconter. Mais tu es Belge me direz-vous. Je suis aussi Italien aujourd’hui à vrai dire. Toute ma vie a été marquée par ce pays. 

Enfant, je chantais a tue-tête Funiculi, Funicula, une chanson napolitaine dont je m’étais entiché. Adolescent, les circonstances, mon frère malade ne pouvait aller à la mer du Nord comme tous les petits belges, nous passâmes pendant des années nos vacances sur les lac Italiens. Marié, le premier grand voyage avec ma jeune femme et notre petite fille fut á destination de Venise. Tous deux, émerveillés par un couple de pensionnés belges et leurs enfants adultes qui avaient rejoint en vedette à moteur le restaurant où nous déjeunions nous aussi, dans l’île de Torcello, nous décidâmes que, en fin de carrière, nous ferions de même. 

L’informatique, aujourd’hui on tend plus tôt à l’appeler I’Intelligence artificielle, ce monstre macrocéphale qui fait peur á tous mais dont tous semblent s’amouracher comme Jessica Lange dans King Kong, quand dans les années soixante je devins moi aussi un pionnier de cette science à peu prés inconnue dans le grand public, en général au cinema on montrait une salle énorme pleine de loupiotes clignotantes et une rangée d’armoires qui contenaient des bandes magnétiques qui s’enroulaient et se déroulaient à toute allure. Au départ, je m’occupai surtout de démarrer un ordinateur neuf dans les entreprises qui n’en étaient pas encore pourvues, pratiquement créer un nouveau département dans l’administration, puisque le but étaient surtout d’automatiser la facturation. J’appris beaucoup dans cette première phase de mon métier parce que on pourrait la comparer à un insémination artificielle dans un organisme qui n’y était absolument pas préparé, la réussite souvent était proche de l’avortement. 

Le destin, la aussi me conduisit vers une entreprise italienne, la Olivetti. J’entends votre question :«Celle des machines à écrire?» Certes, bien sûr, elle ouvrait une nouvelle filiale en Belgique, et j’ai participé à l’installation de son ordinateur. Ensuite quelques années après, Olivetti qui faisait aussi des machines à calculer et des machines à facturer, entra elle aussi comme constructeur dans l’aventure informatique qui déjà connaissait une accélération périlleusement irrésistible qui va nous amener à ce que nous connaissons aujourd’hui. Olivetti qui dit-on inventa même le premier petit calculateur qu’on pourrait appeler PC, personnel computer. Naturellement il cherchait a assumer du personnel spécialisé avec expérience. J’en étais un et je n’hésitai pas. Deux merveilleux trimestres à Firenze, villa Natalia á Fiesole, j’appris sans problème la langue de Dante Alighieri. 

Vous ne le croirez pas, mais quand de Benedetti, le financier italien qui avait conduit l’Olivetti dans la bataille pour conquérir le marché mondial des PC, un marché prometteur mais aussi peu fiable que don Juan Tenorio, a offert des pralines turinoises au président de la Société Générale belge, c’est la que mon destin á basculé et m’a fait prendre la route qui finalement allait me mener en Italie.

Le Docteur B., directeur de la filiale belge de la Olivetti, m’appela dans son bureau. «Fonder, j’ai une mission à vous confier» me dit-il solennellement. J’avais en effet perdu mon job, je représentais la firme italienne dans une société conjointe avec la Générale que nous avions fondé pour vendre Filenet, un produitspécialisé dans la digitalisation massive sur disque magnétique de grandes archives de document comme les banques par exemple en possédaient. Le malencontreux geste de Benedetti avait évidemment rompu cet accord. 

L’idée de B. était simple, elle l’était un peu moins à réaliser. En tant que directeur, il recevait toute les semaines des tonnes de papier que les ordinateurs de l’époque imprimaient pour lui fournir les statistiques et les données qui auraient du servir à la gestion de l’entreprise. Pour lui fournir des informations graphiques et simples à consulter et à interpréter, deux secrétaires introduisaient les données reçues sur papier dans le fameux M24 que la Olivetti vendait en concurrence avec le fameux personnel computer de la IBM qui venait de naître. 

Nous étions dans les années quatre-vingt, une véritable révolution ce PC, sa naissance avec, peu après, l’arrivée d’internet et de la digitalisation, a changé le monde, en bien ou en mal, il est bien difficile de le dire, en tout cas ils nous a fait progressé dans toutes les technologies. La différence du M24, ce qui a fait son succès mondialement indéniable, il était beau, il était italien, et périlleux car il plaisait. B. en voulait un sur son bureau et comme il savait fort bien le manipuler, il voulait qu’il soit utile et facile à utiliser: Easy. Ce qui plus tard quand je fis le projet en Italie me donna l’idée du nom, mais n’anticipons pas nous n’en sommes pas encore là.

Notre patron sur son bel objet, voulait non seulement accéder aux informations produites chaque semaine par l’ordinateur, mais il voulait pouvoir y accéder journellement, introduire des indications, communiquer avec ses collaborateurs et ses plus importants clients. En un mot comme en cent, il voulait que l’informatique lui serve à diriger son entreprise et pas seulement à faire des factures. Et bien sûr ce raisonnement s’appliquait aussi à toutes les entités de son organisation.

Un beau défi n’est ce pas? Et bien, nous l’avons réalisé mon équipe et moi dans toute la Belgique, un pays qui n’est pas bien grand mais comme on le sait est assez complexe avec ses deux cultures, sa position centrale au centre de l’Europe, et son activité très intense. Dans tous les départements commerciaux ou techniques, pas mal de M24 étaient déjà installés et sur les bureaux, ils disputaient la place au terminal IBM connecté en réseau 3270 avec l’ordinateur central. Le problème c’est qu’on les appelle ordinateurs personnels, chacun les installent comme il le désire et choisi les programmes qu’il souhaite, ou même réalise de véritable petite application. 

Il fut donc évident qui fallait que tous aient la même installation, le même modèle, les mêmes programmes dans leur dernière version. Nous avons donc défini un outil de travail unique, que l’on démultipliait comme Jésus le faisait avec les pains et qu’on actualisait ensuite automatiquement à travers un réseau ethernet privé celui qui serait utilisé plus tard par internet. Nous installions aussi un petit serveur local pour permettre le partage d’informations dans un même batiment qui était géré par une personne qui formait partie de notre groupe (LSA Local System Administrator). Nous avions aussi une école avec du personnel didactiquement capable pour aider les utilisateurs en collaboration avec le LSA. Nous réalisâmes finalement la substitution du terminal IBM en l’émulant sur notre M24 et transformions également les statistiques sur papier en merveilleux tableaux et graphiques excel. Nous organisâmes bien sûr aussi la poste électronique, les messages rapides, intégrâmes même les petites applications locales quand c’était possible.

B. était satisfait quand il fut promu et devint directeur de la filiale Italienne la plus importante du groupe. Deux années après, au début de 1991, on m’invita a Ivrea, la petite cité piémontaise est depuis toujours la ville Olivetti, Camillo l’inventeur de la machine à écrire y est né  et son fils Adriano y développa un nouveau modèle d’entreprise où profit et solidarité social était en équilibre. La société que de Benedetti avait porté avec succès dans l’informatique, lançait une nouvelle famille de produits que l’on appelait la LINEA UNO, petit serveur pour les agences de banques, de ministères et les petites entreprises. Comme toujours notre société annonçait ses nouveautés à grands frais et avec des manifestations impressionnantes, cette fois il avait loué le casino monégasque et quelques hôtels adjacents dans la principauté. On me demanda d’installer la salle de presse et d’y démontrer les services que nous offrions à nos utilisateurs à fin que les journalistes puissent aussi envoyer par mail leurs articles à leurs journaux.

J’acceptai avec enthousiasme, nous étions quasi en Italie, à Montecarlo tous le monde parle aussi italien, il y en avait tellement, toutes l’équipe d’Ivrea était italienne, mon objectif se rapprochai sans nul doute. Cependant même si je place l’Italie et les italiens sur un piédestal, ils ont le défaut ou la qualité des grands artistes, l’organisation et eux, cela fait deux. Je décidai de transporter mes ordinateurs et serveurs tout configurés, je louai un énorme camion et choisi mes meilleurs collaborateurs, hommes et machines se transférèrent à Monaco dans un petit coin de Belgique. Ce fut un succès incroyable, de Benedetti visita notre salle de presse, s’assis devant une station et je luis fis la démonstration. Le lendemain la presse mondiale était inondée d’articles parlant du miracle Italien, l’informatique de demain avec un design digne de la Lamborghini.

Le surlendemain, je signai un contrat pour nous transférer moi et ma femme en Italie et réaliser le projet ISI cette fois. Je pris l’avion en septembre avec une petite valise heureusement pas en carton, ma femme, elle, qui continuait  son travail bien sûr resta à Bruxelles pour préparer le déménagement, organiser tout, et attendre au moins un an pour voir comment cela allait se passer avant de prendre un congé sans solde. L’Italie était un peu plus grande que la Belgique, serai-je capable de m’y adapter, me ferai-je accepter dans un organisation aussi différente, une culture que j’admirais mais on me promettais que l’Italie réelle était différente de celle de Stendhal ou de Jean d’Ormesson.

Je logeai dans la résidence dei Cavalieri proche du siège de la filiale milanaise, via Meravigli, un nom prédestiné semblait-il, mais la vérité était qu’à ce moment je ne savais pas ce qui m’attendait, par où commencer?, aucun de mes collaborateurs belges n’avait voulu me suivre. J’avais rendez-vous avec le directeur administratif et le responsable informatique actuel. Curieux, quand B. leur avait annoncé sa décision, ils avaient organisé un voyage à Bruxelles pour venir à comprendre de quoi il s’agissait et avec qui ils auraient affaire. Je dois dire que la collaboration fut excellente, le responsable informatique prit sa pension quelque mois plus tard, mais il connaissait beaucoup de monde et en particulier il m’aida à trouver l’équipe qui allait m’entourer pendant toutes ses années et qui bien sûr sont aussi devenu mes amis.

Les autres étaient plutôt contre, qui était ce belge qui devait réussir ce qu’ils avaient tenté en vain de réaliser?

Mon rapport avec B, était quasi direct, ce qui m’aidait à surmonter certaines résistances quelques fois extrêmes. Par contre je dus rencontrer des sociétés de consulting aussi importante que Accenture et même celle de Casaleggio, le futur inventeur de Rousseau, d’autres moins importantes me fournirent du personnel hautement qualifié qui s’intégra parfaitement dans le projet. Je trouvai aussi dans le labyrinthe inextricable de l’organisation Olivetti de jeunes personnes qui feraient par la suite un carrière exemplaire. L’équipe formée, nous réalisâmes un pilote dont le succès indéniable libera le projet qui prit rapidement une vitesse de croisière. Un collègue m’avait offert son appartement à louer meublé, je pus faire venir ma femme, le déménagement fut ainsi très léger et comme deux amoureux quinquagénaires, transplantés dans cette merveille qu’est l’Italie, nous pûmes réinventer notre vie.

Je voyageai beaucoup bien sûr, il n’est pas un coin de ce pays, je le répète et je signe, le plus beau du monde, que nous ne visitâmes. Nous découvrîmes la véritable Italie, splendide, variée, riche et pauvre à la fois, décrépie et ruinée mais encore plus belle ainsi, différente surtout, romains et milanais ou mieux encore Palerme et Bolzano sont aux antipodes. La culture, le vocabulaire, l’accent, et avant toute chose la cuisine sont complètement divers, mais ce qui en fait l’unité c’est le sens du beau, de l’élégance, de l’art, comme nulle part je ne le rencontrerai jamais.

La cuisine nous avons appris à la connaitre, à la pratiquer et nous ne nous contentions pas d’une région, c’eut été dommage, les meilleures sont certainement la napolitaine et, beaucoup moins connue, mais avec une touche arabe, la sicilienne, nous vous recevrons aussi bien avec la pasta con le sarde qu’avec le risotto alla milanese et comme antipasto la focaccia de Recco ou le vitello tonnato. Le plus extraordinaire pour moi, c’est la simplicité des plats, la bonté des ingrédients parfois les plus pauvres surtout dans le sud que nous ne connaissions pas du tout, où les plats n’ont d’équivalents que l’extrême beauté de la nature en contraste avec la pauvreté d’un peuple qui, par ailleurs a su conquérir le monde.

Toutes les filiales furent installées en quelques années, le résultat était démontrable. Le projet méritait vraiment son nom “Easy” facile, malgré la réelle difficulté qu’il y eut a changé les habitudes, les procédures, l’individualisme est roi dans ce pays. 

Et ce qui devait arriver arriva, nos commerciaux ne cessaient de le vanter, de plus en plus souvent nous devions le présenter, le démontrer justifier la valeur de l’investissement et notre structure, notre projet se transforma en une division de vente. le premier client fut la Pirelli, mais ceci est une autre histoire, une histoire Italienne.

Jean Claude Fonder

JC, ML, Mimi, Ana, Valeria et les autres…

Quand je posai le point final et remisai ma plume. Je me rendis compte que je l’avais écrit en espagnol. Je vous parle du Projet Easy que j’ai publié il y a peu. C’est évidemment une figure de style, il y a bien longtemps que le clavier, chez moi, a substitué quelque plume que ce soit. Et cependant je me targue d’écrire et, qui plus est en espagnol, c’est ce que je vais maintenant vous raconter.

Si vous avez lu Projet Easy, voussavez que je suis informaticien et que bien que né belge, je vis en Italie, parle italien et même je suis devenu italien. Vous me direz bien sûr, comment est possible une telle transformation.

Je me pensionnai quelques mois avant la date. J’avais passé 4 mois à l’hôpital pour un petit problème cardiaque, rien de grave mais pour des problèmes post opératoires mon séjour s’était prolongé. Résultat, j’étais complètement déconnecté. Je venais de conclure la vente d’un projet millionaire. J’avais été félicité et acclamé sur le podium durant la réunion annuelle que tenait la Citrix, à Orlando en Floride, une fête à l’américaine, à mi chemin entre un rassemblement de boy-scout et la convention d’un parti politique.

Étrange conclusion pour ce qui avait été le Projet Easy. Rappelez-vous la première vente à l’italienne Pirelli, un succès qui fut suivi par beaucoup d’autre pendant plusieurs année jusqu’à la banalisation de ce genre d’infrastructure dans l’ensemble du marché. Nous le relançâmes en affrontant le problème majeur qu’il portait dans son architecture. Nous avions remplacé les tonnes de statistiques sur papier listing par de beaux graphiques interactifs, nous avions substitué les horribles terminaux 3270  de l’IBM par d’élégants PC de design italien, nous avions permis la communication simple et rapide, mais il s’agissait d’une architecture distribuée, comme nous   l’appelons dans nôtre jargon. L’assistance est extrêmement coûteuse, elle doit bien sûr être locale. Que faire alors? Il fallait la centraliser à nouveau mais sans perdre la facilité reconquise. Il fallait virtualiser le PC.

Citrix une société américaine avait développé une technologie qui permettait de le faire en tout ou en partie ce qu’aujourd’hui tout le monde appelle le cloud computing. Le nuage si vous préférez. Mon équipe et moi même, nous lançâmes dans cette nouvelle direction, et rapidement les premiers résultats furent plus qu’encourageants. Nous commençâmes à diffuser cette nouvelle solutions auprès de nos nombreux clients.

La Olivetti, dans l’informatique, et pas seulement, était en perte de vitesse. De Benedetti, son patron, l’avait abandonnée, il n’y croyait plus et avait décidé, à juste titre, comme le futur allait le démontrer d’investir dans le marché des télécommunications. Il créa Omnitel, l’ancêtre de ce qui deviendrait la Vodafone. L’Olivetti sans investissement s’écroula, il commencèrent par licencier les dirigeants, j’en faisait partie, et fut démissionné avec un substantiel dédommagement.

J’avais mes projets et les clients bien en mains. La citrix qui vendait ses produits au travers de petits distributeurs m’engagea sur le champ, je pouvais leur ouvrir la porte des grands clients dans toute l’Italie. Je travaillai dur, le succès ne se fit pas attendre et quatre ans plus tard, je concluais mon dernier contrat. J’étais en pension. Il me fallait faire tout autre chose.

— Racontez-moi tout, qui êtes-vous, votre famille, votre travail …, —demanda  sans vergogne Mimi en espagnol.

Mimi, nous le sûmes plus tard, c’était son petit nom, en réalité elle s’appelait Carmen, et bien sûr c’était une pure andalouse. Je ne vous cacherai pas que ce mot andaluz déclenche en moi des émotions artistiques à n’en plus finir, l’opera de Bizet, le Bolero de Ravel, nuits dans les jardins d’Espagne de Manuel de Falla, le Flamenco, et surtout tout l’héritage que les arabes laissèrent Al Andaluz.

Nous, ma femme Marie Louise et moi, commençâmes ainsi avec elle un long dialogue qui dura des années. J’aurai du enregistrer ces milliers d’heures que nous passâmes ensemble. Nous abordions tous les sujets et pas seulement ceux en rapport avec notre propre histoire, notre connaissance réciproque se transforma en une profonde amitié qui n’est pas près de s’éteindre. Nous apprenions non seulement le castillan mais l’histoire, la politique et surtout la culture espagnole et, plus en général la culture hispanique. Un véritable trésor inépuisable dont, avec notre culture française, nous n’avions pas la moindre idée. Nous nous inscrivîmes alors sur les conseils de Mimi aux activités culturelles du Cervantes. Elle mêne  y donnait un cours de littérature.

Mais n’anticipons pas. Comment avions nous pu en arriver là?

De retour à la maison, au sortir de l’hôpital, un homme comme moi, habitué à travailler à un rythme d’enfer, éprouvait une sensation qui devait être celle d’un lion en cage. Vous n’allez pas le croire, la solution ce fut une télé-nouvelle. En fait un cours d’espagnol en 24 DVD que distribuait durant l’été le Corriere della sera. En trois mois, nous lui fîmes un sort, avec la convalescence je ne pouvais guère sortir. Mais en plus pour un francophone qui parle couramment italien, c’était d’une facilité déconcertante. La compréhension était totale, en plus tous les matins j’écoutais la RNE premier canal pour entendre parler. Ce qui nous manquait évidemment, c’était le dialogue. Pour y remédier, nous participions à tous les cours gratuits, évènements et présentations disponibles à Milan. Un jour, à la Fnac qui existait encore, sur l’heure de midi, Mimi donnait un petit cours sur l’Espagne et les espagnols, merveilleusement nous comprenions absolument tout.

— Pourriez-vous nous donner un cours particulier à ma femme et à moi, deux heures par semaine? —interrogeai après la classe.

Avec Mimi, ce fut comme si nous étions devenus espagnols, non seulement nous parlions, mais nous écrivions, nous suivions tout a travers les journaux, la radio et la télévision, la politique, les sports, les films, les séries. Et puis surtout la lecture, nous avions tant à apprendre et à lire. Je ne tardai pas à comprendre que Cervantes, le Don Quichotte était indispensable, la base qui soutenait tout l’édifice. J’entamai donc ma première lecture de ce chef d’oeuvre, il y en aurait d’autre. Et  nous n’arrêtions pas, nous allâmes avec Mimi à Séville, pour participer à la biennale de flamenco, qui se tenait tous les deux ans, ce devint un rendez-vous obligé. Et bien sûr à Madrid, chaque année aussi nous la visitions comme pour un peu nous en approprier, nous y avions de plus en plus d’amis.

Quant à la classe de littérature en español, je commencé avec Mimi, mais par après nous changeâmes de nombreuses fois de professeur, tous devinrent des amis, les élèves, des femmes surtout, elles et eux petit à petit formèrent un énorme groupe qui allait se consolider en fréquentant la bibliothèque Jorge Guillén et son club de lecture.

Il faut que je vous en parle de cette bibliothèque. Celle de l’Institut Cervantes de Milán quand il était situé via Dante, la rue qui faisant front au château, ce château imposant qui au temps des autrichiens contrôlait Milan. Elle se trouvait au premier étage du bâtiment ancien occupé par tout l’institut. Elle était magique, les murs étaient tapissé de livres, romans bien-sûr mais aussi  de dictionnaires, de livres de référence, de vidéos et même de bandes dessinées. Toute cette connaissance entourait de grandes belles tables en bois que l’on pouvait configurer selon les besoins, mais surtout pour orchestrer ce merveilleux outil, la fée du logis, la maitresse de maison, une personne exceptionnelle, l’amie de tous Ana López. Une parmi les nombreuses activités qu’elle gérait, c’était le club de lecture, Aire Nuestro, selon le nom de l’oeuvre majeure de Jorge Guillén. 

À l’époque, la page internet de l’institut était plus que succincte et bien sûr les réseaux sociaux n’étaient pas fréquentés. Ana avait vu ce que j’avais créé pour accompagner, mémoriser et illustrer le cours que Mimi donnait à ce moment avec pour thème Les médias. Indécrottableinformaticien je n’avais pu m’empêcher d’utiliser les techniques actuelles pour partager avec mes compagnons, ou plutôt mes compagnes de classe les acquis du cours. Avec Ana qui avait vu ce qu’il y avait moyen de faire, nous projetâmes ce qui deviendrait plus tard un véritable revue électronique, nous n’appelâmes Aire Nuestro comme le club de lecture. Le but était de l’accompagner, le compléter, s’en rappeler. Ancore aujourd’hui vous pouvez trouver dans le menu l’historique du club et consulter les articles de l’époque.

Le club de lecture fut créé en 2009 par Ascensión qui était bibliothécaire à cette époque, je fis partie du groupe initial, le premier auteur invité fut Dante Liano, un fameux écrivain Guatémaltèque, auteur d’un livre de contes qui s’occupait de littérature latino-américaine à l’université catholique de Milan. Le modérateur Arturo Lorenzo directeur du centre et écrivain lui aussi, ce fut un vrai succès. Nous continuâmes donc sous la conduite de Ascensión jusqu’en 2012 au rythme d’un livre par mois. Les livres choisis étaient pour les néophytes que nous étions, des grands livres, je n’utiliserai pas le terme de bestsellers qui auraient plutôt été un critère d’exclusion selon nos goûts. Je ne peux bien sûr pas les citer tous, mais si je vous laisse quelques noms vous aurez compris: Roberto Bolaño, los detectives salvajes, José Luis Sampiedro, Santiago Roncagliolo, Luis Sepulveda, Elvira Lindo, …. Nous ne pouvions pas évidemment les inviter, sauf quelques-uns qui était à Milan pour présenter une traduction en Italien. Mais le club fonctionnait bien et le débat entre nous était intéressant, et il y avait de plus en plus de participants.

En 2012 Ascensión quitta le Cervantes et rentra en Espagne, Ana avec son enthousiasme habituel la remplaça, elle n’avait pas fait d’étude pour être bibliothécaire on ne pouvait la nommer, mais pour les usagers, la bibliothèque c’était elle, elle était indispensable, le Cervantes de cette époque ne tenta pas de la substituer. Par contre plus que jamais, les activités d’animation se démultiplièrent, visites d’école, cours d’informatique et bien sûr nous reprîmes les club de lectures, certains d’entre nous dont moi-même, nous nous improvisâmes modérateurs.

En 2014, Valeria Correa Fiz, nous rejoignit pour modérer les clubs organisés avec présence de l’auteur, et en général des livres plus actuels. Elle avait l’expérience, elle était argentine, avocat, avait conduit ce type d’activité en Floride á Miami, et actuellement à Milan elle animait un club à la librairie internationale Melting Pot. 

Nous avions embrayé la cinquième vitesse. Dans le domaine littéraire, Valeria est un puit sans fond de connaissances, de cultures et de compétences, non seulement espagnoles ou latino-américaines, mais aussi anglaises, françaises, etc. Je l’avais connue dans une rencontre de poésie à l’institut, déjà là je fus étonné par ses questions, et son aisance naturelle. D’ailleurs elle est poète elle-même, elle a remporté des concours et publié des recueils. Tous nous furent impressionnés par l’empathie qu’elle sait développer durant nos rencontres. Avec ou sans auteur passer un heure avec elle sur un thème culturel est absolument ineffable.

Elle anima jusqu’ici cinquante et un clubs, dont 30 en présence et vingt et un ligne. Les auteurs et autrices qui participèrent son au nombre de 44. Il y eu de fameux personnages comme Antonio Muñoz Molina, Fernando Aramburu, Marta Sanz, Berna González Harbour, David Trueba, Clara Obligado … Le plus extraordinaire c’étai l’intimité qu’il y avait autour de la table, toute différente d’une estrade où se trouveraient perchés les intervenants à l’abri des questions du public. 

Vous pouvez en juger sur cette photo qui sert de bannière à notre publication. Valeria est au centre de l’image à coté de Muñoz Molina.

Et vous ne voyez que la moitié du public, il y en a tout autant de l’autre côté. En effet nous sommes de plus en plus nombreux. On peut le mesurer chaque année quand Ana organise le jour du livre, la saint Jordi comme à Barcelona. C’est un peu comme notre fête annuel. 

Les premières fois qu’elle nous fit découvrir cette pratique inusitée en Italie, il s’agissait simplement d’offrir une rose aux visiteurs qui se présentaient et lisaient un poème ou un extrait de livre. Par la suite l’intarissable Ana, accompagnée des nombreux volontaires dont elle s’était entourée inventa des jeux, organisa des séance de fotos dans un décors inattendu, trouva des sponsors pour nous offrir un apéritif con tapas à la manière espagnole, j’en passe et des meilleures. Iris, une des volontaires les plus actives, une année réalisa les roses au crochet, chaque fois finalement elle nous préparait de petits cadeaux merveilleux qu’elle fabriquait à partir des matières les plus saugrenues. 

C’est alors que naquit un autre idée qui allait se transformer petit à petit en un véritable café littéraire. Le Tapañol. Tapas en español. Nous avions observé  que la bière et le vin déliaient les langues, après une chope ou une coupe notre espagnol n’en n’était que meilleurs. Une fois par mois nous nous rencontrions dans un bar pour bavarder en español. Le succès fut immédiat, de plus en plus de personnes y participaient. Au contraire de ce que certaines écoles organisaient, ce n’était pas un cours mais une simple rencontre entre amis pour parler de tout et de rien sans contrainte. Après quelques années évidemment l’affluence se réduisit, il fallait quelque chose de plus pour relancer l’idée. 

Le concours de Microrrelatos non seulement sauva nos rencontres mais allait faire naître une source inépuisable de textes et d’auteurs qu’encore aujourd’hui se publient avec succès dans la revue du même nom. C’est très simple sur un thème donné, ou une peinture ou une photo, les participants envoie un texte de petite ou de moyenne dimension par courrier électronique. Les textes sont assemblés, révisés et soumis au public du Tapañol pour être votés. À l’époque dans le bar les auteurs les lisaient eux-mêmes. Les gagnants étaient publié sur internet dans une la revue qui déjà à l’époque atteignait dans tout le monde hispanique plus de 300.000 lecteurs.

Si vous aimez lire, vous aimez connaitre: connaitre c’est aussi vous plonger dans d’autres domaines, d’autres histoires, d’autres vies réelles ou imaginaires. Mieux encore avec l’écriture vous aller pouvoir les créer e les raconter.

Cela Valeria le savait bien, elle qui publia pendant que nous la fréquentions  non seulement de nouveau recueils de poèmes mais surtout deux merveilleux livres de nouvelles, La condición animal et Hubo un Jardín. Vous devez savoir que non seulement elle animait la plupart des club de lecture, mais avait pris en main le cours de littérature contemporaine, organisait des séminaires de lectures et surtout, finalement, dirigeait un cours ou plutôt un atelier d’écriture créative. Pour notre groupe elle était devenue indispensable.

Ce fut un coup de tonnerre dans un ciel serein quand nous apprîmes en 2015 qu’elle se transférait à Madrid, pour sa carrière littéraire bien sûr, mais aussi parce que son époux également devait se transférer.

Curieusement c’est cette situation qui allait nous aider à être parmi les premiers à dépasser et même à transformer en succès la période du Covid, la terrible pandémie de 2020.

Le club de lecture continua car Valeria venait à Milan, pour l’animer. La classe de littérature nous reprîmes à changer régulièrement de professeur. L’atelier d’écriture, c’était un grand problème. Le Cervantes me demanda de trouver une solution. Nous installâmes dans la bibliothèque, où l’atelier avait lieu, un grand écran et une camera au bout d’une grande table, au milieu de la quelle il y avait un micro conférence, le tout connecté à un ordinateur équipé du software Skype (vidéophonie) , ce qui permettait de transporter en quelque sorte Valéria dans la bibliothèque et à elle de nous voir tous ensemble tranquillement assise chez elle derrière son bureau et son ordinateur. C’était moi qui était derrière le clavier à Milan, j’étais devenu en plus de participant, une espèce d’assistant cybernétique comme aime encore aujourd’hui m’appeler Valeria, et on ma surnommé JC, c’est plus facile à prononcer que Jean Claude pour un espagnol ou un Italien.

Quand le confinement devint inévitable et que les rues était désertes, nous étions tous derrière notre ordinateur, pour beaucoup désormais leur instrument de travail, pour d’autres un meilleur moyen que la télévision pour voir des films ou des séries, assister à des conférences ou à des concerts. Les instruments de vidéoconférence se déchainaient. Je choisis Zoom un nouveau venu qui démontra rapidement d’être le meilleur malgré la guerre sans pitié que menèrent contre lui Microsoft, Google et d’autres. J’achetai la versión professionnelle et proposai au Cervantes de Milan de reprendre “en ligne” le séminaire de littérature et surtout l’atelier d’écriture avec bien sûr Valeria qui n’hésita pas à ce lancer dans l’aventure. Ce fut un succès immédiat, notre groupe y était préparé, nous étions les premiers et Valeria était géniale derrière un écran. Cela ce su rapidement et les participants hors de Milan, hors des frontières et quelques fois même hors de notre continent ne tardèrent pas à nous rejoindre. De plus l’usage de l’informatique permettait de tout enregistrer, donc être absent, avoir un empêchement n’était plus un problème, on pouvait tout revoir, les classes et les clubs de lecture.

Je vous laisse imaginer ce qu’il se passa pour ces derniers. L’auteur pouvait toujours être présent, des frais de voyage il n’y en avait pas, seul les horaires pouvaient être un problème pour le décalage. Au début la participation dépassa tous nos espoirs, pour Marta Sanz si je me rappelle bien nous avions, connectées, près de cent personnes, mais le plus formidable fut que Valeria pût inviter durant les séminaires des auteurs originaires de toute l’Amérique Latine.

Bien sûr la fin de la pandémie, fit renaître l’envie de serrer les mains, de s’embrasser, de connaître directement les personnes, mais l’innovation, le raccourcissement des distances, l’enregistrement et bien d’autres avantages, on ne pouvait pas les reperdre. Donc il faudra bien que le virtuel et le présenciel coexiste.

Le Tapañol est un exemple. Lui aussi, pour l’aspect concours de micros, s’adapta parfaitement, la participation pu s’élargir et le processus de sélection se fit naturellement, aujourd’hui ce sont d’excellents écrivains qui y participent. Mais quand les contacts purent reprendre nous lui dédiâmes une journée supplémentaire ou les milanais pouvaient bavarder, lever le coude, et “tapear” sans restrictions dans un bar sympathique.

“The truth is that writing is the profound pleasure and being read the superficial.” (Virginia Woolf)

« La vérité, c’est que l’écriture est le plaisir profond et être lu le superficiel. » (Virginia Woolf)

“La verdad que escribir constitue el placer más profundo, que te lean es solo  un placer superficial.” (Virginia Woolf)

C’est très vrai je crois, mais qui donc rejette le superficiel? 

Nous nous étions créé au travers de toutes ces activités un outil puissant, le blog, les blogs et les réseaux sociaux pour les distribuer.

Aire Nuestro (150 mille lecteurs) et Los Amigos de Cervantes (450 mille lecteurs). Derrière eux, une véritable banque de donnée Microrrelatos del Tapañol qui sous forme d’une revue électronique reprend, assemble et permet de naviguer dans les centaines de textes que nous avons publiés.

Ce texte que vous êtes entrain de lire s’y trouve, même si vous avez reçu le lien par les blogs ou les réseaux sociaux. Il fait partie d’un recueil de récits de JC Fonder que j’ai appelé “Nouvelles”.

Jean Claude Fonder

Le meilleur ami

Madeleine était épuisée, tout son corps tremblait sous le poids merveilleux de Georges, son amant depuis toujours, une belle pièce d’homme, son meilleur ami. Ce fut son premier quand à 16 ans il l’avait déflorée par jeu, elle voulait savoir, comprendre. La vie, les circonstances et ses parents les avaient séparés, mais de tant à autre ils ne manquaient jamais l’occasion de se retrouver. Cela finissait toujours ainsi, il s’endormait en elle, il la possédait totalement.

Pierre Dupuis, ouvrit la porte avec difficulté, la clef semblait ne pas vouloir rentrer dans la serrure. Il pleuvait cette nuit-là et le retour avait été pénible. Les phares qui l’aveuglaient, les nuages d’eau qui battaient la voiture comme une mer déchainée, les essuie-glaces qui ne suivaient pas, une torture, plusieurs fois il s’était arrêté, dans une aire de repos. Il voulait pouvoir penser. 

Qu’allait-il dire? Carmen avait été intransigeante, il devait se déclarer aujourd’hui, sinon c’était fini. Il était si heureux avec elle, sa vie sexuelle était pleine, Carmen savait l’emmener au de là de lui même, elle n’avait aucune limite son imagination dépassait tout se qu’il avait jamais rêvé. Avec Marie sa femme, il y avait toujours quelque chose, la lumière, les voisins qui pouvait les voir, elle avait ses règles, les enfants allaient se réveiller, …

Georges, était sous la douche, elle était très chaude et cela ravivait son désir. Madeleine était une femme exceptionnelle, elle était sa meilleur amie, elle le comprenait, elle savait anticiper ce qu’il aurait souhaité mais surtout avec elle il était bien, il pouvait parler des heures ensemble. Il se connaissait comme frère et soeur. Avec Carmen, ils ne se rencontraient jamais. Leur mariage avait été une brillante cérémonie, sous le feu des médias évidemment. C’était leur interêt, leur célébrité en fut ravivée, pour quelques années seulement. Ils ne tournèrent qu’un seul film ensemble.

Il ne douta pas et se dirigea à nouveau vers lit.

Pierre complètement trempé, retira son imperméable et son veston. Il portait son holster à l’épaule, il hésita si le garder ou pas. Son métier conseillait de ne jamais le quitter, puis il y avait la scène qui allait suivre. Il ne se voyait pas déclarer à Marie qu’il avait une maitresse et qu’il voulait la quitter en tenue de travail. 

Qu’allait il dire?

Ce n’était pas une amante exceptionnelle, mais c’était une mère admirable. Ils avaient  eu deux jumeaux. Il en était si fier. C’était elle qui avait su les élever, elle savait être dure et sévère, mais aussi douce et caressante et lui qui par métier était si souvent absent. Quand Carmen tournait en Europe, cela pouvait durer des mois. Il monta à l’étage où se trouvaient les chambres. Il passa devant la chambre des jumeaux qui était entrouverte. Il jeta un coup d’oeil à la porte silencieuse de sa femme, il se rappela la naissance douloureuse de John et Jonatan. Marie avait souffert mille morts. Il ne pouvait pas l’abandonner ainsi.

Cette Carmen qui le dominait, l’emprisonnait par le sexe, elle ne pouvait pas lui enlever cela, cette famille pleine d’amour et de tendresse. Il regarda à nouveau les jumeaux dans leur chambre décorée comme un camp indien. Il sortit son pistolet et se rappela les jeux infinis que son arrivée en voiture déclenchait. Les attaques à la diligence, “paf, paf”, les coups de feu qu’il simulait pour se défendre de ses petits indiens tout peinturlurés et couverts de plume.

Soudain un cri prolongé et effrayant sortit de la chambre de Marie.

Madeleine ouvrit très fort les jambes, puis les resserra sur le dos de son amant pour qu’il pénètre au plus profond d’elle même. Son cri était interminable comme l’orgasme qui la secouait si terriblement. La porte vola en éclat, Pierre qui hurlait lui aussi déchargea les six coups de son pistolet dans le dos ensanglanté, déchiqueté de Georges Cloen. Le bras de Marie Madeleine Dupuis retomba inerte sur le lit, au flanc de son corps sans vie.

Jean Claude Fonder

Scènes de Western

Jolly progressait lentement bien que la faim tenaillât son estomac vide après une journée entière de voyage. La descente était difficile vers la petite ville de Fort Jackson, la pente était forte mais le chemin était large et sinueux, il déployait ses lacets sur les flancs des montagnes environnantes, la vue était majestueuse. Luke, le Stetson bien enfoncé sur les yeux pour se protéger du soleil contemplait les quelques baraques en bois qui composait cet ancien fort, aujourd’hui repaire d’une bande de hors la loi, les Daltons. 

Kathy, remonta sa culotte bouffante, réajusta son corset, tira ses seins au dehors et passa un peignoir grand ouvert qui découvrait généreusement sa poitrine opulente. Tout son corps perché sur des escarpins se balançait au rythme de chaque pas qu’elle faisait pour descendre les marches de l’escalier qui montait aux chambres que les filles du Saloon pouvaient utiliser pour y exercer le plus vieux métier du monde. Au son déglingué d’un vieux piano ces beautés pirouettaient entre les tables où les cow-boys, les chercheurs d’or et les hors-la-lois jouaient au poker ou cuvaient simplement le whisky frelaté que produisaient les patrons du bar et qu’ils vendaient comme s’il provenait des caves de quelque manoir écossais. 

Joe, Jack, William et Averell Dalton, surnommés les frères Dalton, assis à un table adossée au mur, se chamaillaient comme s’ils avaient encore 16 ans. Averell avait dégainé son Smith & Wesson à six coups. Il le secouait en hurlant sous le nez de son frère Joe qui demeurait impassible comme un statue du musée Tussaud. Kathy se précipita craignant une tragédie Shakespearienne. Elle attrapa Averell par les cheveux, enfouit son visage entre ses nichons et c’est à peine si elle ne l’étouffât pas sous les yeux hilares de ses frères.

À ce moment l’ombre de Luke pénétra dans le bar sous la porte à battant de l’entrée. Les quatre Dalton déchainèrent un feu d’enfer, la porte vola en éclat. Et quand, peu après, le shérif du lieu, qui portait au bout de son fusil le même couvre chef que le fameux chasseur de prime, s’encadra dans l’ouverture détruite, leurs armes étaient vides et la voix de Luke qui était derrière eux deux Winchesters dans ses mains retentit: «Hands up!».


— Joe, j’ai préparé  ton porridge, —hurla Cathy à l’extérieur de la porte. 

Joe Dalton enfermé avec ses autres frères dans la cellule  installée dans le bureau du Shérif, se réveilla brusquement, s’accrocha aux barreaux et interpella le shérif qui somnolait couché sur son bureau.

— ¡Billy! Réveille-toi! —Hurla-t-il. — Cathy m’a apporté mon déjeuner habituel.

— Blague pas Joe, on est pas au Ritz, ici.

— Allez Joe, ce sera le premier jour de ma vie sans mon porridge. Cathy est la dehors, ne le laissons pas refroidir.

— Tu exagère Joe, — intervint soudain Averell, en s’approchant, — moi je voudrais…

Joe sans prévenir lui donna un violant coup de poing dans l’estomac qui lui coupa le souffle. William lui plaqua la main sur la bouche et le tira en arrière où Jack également le maintint également immobile.

— Imbécile souffla William à son oreille.

Entretemps le Shériff avait ouvert la porte à Cathy emmitouflée dans une grande cape qui ne laissait rien voir de son corps qu’elle avait abondant.

Elle se précipita vers la cellule en portant sa grande casserole à bout de bras.

— Ouvre-moi. s’il te plait Billy, c’est très lourd. 

— Ne me prend pas pour un idiot dépose cela sur mon bureau.

Cathy obtempéra. Mais à peine le Shériff se pencha-t-il pour ouvrir la casserole, elle rejeta en arrière toute sa cape et tous purent admirer la splendide poitrine de la jeune femme bardée de pistolets. Elle dégaina un six coups avant que Billy eusse pu faire le moindre mouvement, tira en l’air et pointa la gueule de l’arme sur le front de l’homme étoilé, tout en jetant aux frères Dalton les autres ceinturons qu’elle portait.

Ceux-ci menacèrent aussi le Shériff qui savait qu’ils n’hésiteraient pas à tirer s’il n’ouvrait pas la porte de leur prison.

À cet instant plusieurs coups de fusils qui venaient de l’extérieur firent voler la fenêtre du bureau et criblèrent la cellule, Joe fut blessé à l’épaule et Luke entouré de plusieurs adjoints entra la winchester fumante à la main.


—Luke, tu peux me fouiller.

—Pas de problème, Cathy, je sais que tu es innocente.

—Eh bien, mon cher, tu ne sais pas ce que tu perds, j’en suis intimement convaincu.

La scène se déroulait devant la porte de Doc Bradley, où le pauvre Joe Dalton avait été installé dans un lit. Le pauvre homme avait été blessé lors de l’altercation qui avait précédé sa capture. Doc Bradley, qui était ivre toute la journée, comme tous les soirs, avait été remis sur pied par Luke à coup de seaux d’eau glacée. Personne ne le croira, mais sous la menace de la Winchester de Luke, il avait réussi à retirer la balle logée près de l’omoplate dans l’épaule de notre bandit. Ce matin, il était déjà mieux et bandé comme une momie, le Stetson placé sur le visage, il ronflait généreusement. Luke, assis à travers la porte, bloquait le chemin.

— Si vous me laissez entrer, je voudrais le soigner.

— Il dort, tu vas le réveiller.

— Les soins que je peux prodiguer sont inestimables, mon cher.

Elle  releva sa robe hardiment devant le blessé.

Celui—ci, sans hésiter, sortit un Derringer à deux coups qu’elle avait introduit comme un trésor dans sa plus tendre intimité.

« PAN !»

Un coup de feu fit voler l’arme hors de sa portée. Lucky Luke, rengaina, il avait tiré plus vite que sa pensée…


Jean Claude Fonder

El pintor de las ventanas

La Ventana
AZhivotkov Vladimir Vladimirovich (1970)

Le gustaba pintar ventanas, eran como un libro que le permitía evadirse.

Uno de sus primeros cuadros, un gran dibujo en blanco y negro, muestra a una joven vista desde atrás que observa desde un gran ventanal un campo de jóvenes árboles que se extiende ante la masa oscura de altas y opresivas construcciones industriales. Por supuesto, en la Rusia de Brezhnev, como en la de Stalin, los temas debían ser realistas y evocar el mundo del trabajo. Pero eso no le impedía soñar, su imaginación se escapaba con la de la joven.

Con el tiempo los súbditos se iluminan, un baile, unos pescadores que extienden sus redes junto a sus barcas que se tambalean sobre el río, el color aparece, algunas manchas primero y luego todo el cuadro será pintado con óleo, y por supuesto, las ventanas que nos hacen ver el mundo o cada vez más nos hacen soñarlo.

Con frecuencia algún objeto, frutas, una taza de café, un jarrón, flores, ramos de todo tipo, delante de una ventana le permitían evocar las escenas más diversas. Un camino que penetra en el bosque misterioso, el mar que se abre al mundo, hojas que vuelan arrastradas por la tormenta que se avecina.

Aquella mañana, el aire era azul, el cielo ampliamente despejado con esta frescura que, en la montaña después de la tormenta, nos abre el corazón, nos carga de energía. Esa mañana había recogido un hermoso ramo de flores azules y algunas margaritas inmaculadas. La montaña todavía manchada de un poco de nieve se miraba índigo a través de una pequeña cortina transparente que había añadido en la parte superior de la ventana. Terminó el cuadro entusiasmado, lo llamaría La ventana azul. Un azul que le recordaba esa Europa libre que se creaba a las puertas de ese telón de acero que comenzaba a agrietarse poco a poco. Empezó a tararear suavemente y luego más y más fuerte el Himno a la Alegría.


Jean Claude Fonder

La maison des fleurs

Das Landhaus
Abbott Fuller Graves (1859 – 1936)

Había tantas flores que ya no se veía la casa. Era la casa que mi tío Roberto había hecho construir sobre las estribaciones del Lago de Como. Databa de finales del siglo XIX. Los árboles, los arbustos no habían dejado de crecer y mi tío, que había creado el jardín, era su pasión, lo había querido contener. Se había convertido en un verdadero bosque virgen y, como si no fuera suficiente, había macetas de cerámica que se habían dispersado por todas partes. Cuando iba allí en pleno verano, la exuberancia estaba al máximo, el calor nos obligaba a regar sin parar, la temperatura era pesada, la humedad alcanzaba récords que se asimilaban a los de una región tropical.

En aquel momento estaba en plena adolescencia, me sentía en armonía con aquella naturaleza enardecida que no dejaba de multiplicarse, me embriagaba de los perfumes hechiceros que circulaban por toda la casa, me dejaba llevar por el juego de los colores que la naturaleza concertaba en este jardín maravilloso. No era el único, mi familia era numerosa, a los jóvenes les gustaba frecuentar esta gran casa.

— Lucas, ven a tomar un refresco con nosotras

Lucía y María, dos de mis primas, tomaban el sol junto a un pequeño estanque cubierto de nenúfares. Cuando me acerqué, ellas se enderezaron cubriendo con pudor sus pechos jóvenes que, temerarias, exponían en aquel cálido final de tarde. Me instalé junto a ellas en el refugio sombreado de un árbol con castas flores blancas, sobre la mesa había bebidas heladas cuyo perfume y sabor dulce desató la conversación. Pronto Lucía se inclinó tiernamente hacia mí y sus labios pulposos rozaron la esquina de mis labios para darme las gracias por un cumplido que no dudé en pronunciar hermosamente cuando al tomar su vaso soltó el velo que la cubría. María, por supuesto, no quiso quedarse atrás, y me pidió que comparara sus propias ventajas con las de su amiga. Me besó francamente cuando supe encontrar la fórmula que me permitió cubrir de elogios equitativos a las dos jóvenes diosas como si formaran parte de un famoso cuadro.

El final del día no se hizo esperar y nos dirigimos amablemente hacia las habitaciones del primer piso. Una escena bucólica, que, estoy seguro, un pintor algún día ilustrará.


Jean Claude Fonder

El tranvía de noche

En Milán los llaman Jumbo, eran tranvías enormes, el nombre estaba justificado, verdaderos vehículos blindados que se configuraban en dos coches interconectados con un pivote. Eran largos y anchos, podían llevar a mucha gente. En la línea 16, la que servía a San Siro, era muy necesario los días de partido. Otros días fuera de las horas pico, o por la noche el tranvía estaba más o menos desierto. El conductor se aislaba en su cabina, conducía y no se ocupaba en absoluto de lo que podía ocurrir dentro del vehículo. Con los espejos laterales, vigilaba las puertas para cerrarlas o abrirlas según las señales que se podían activar por medio de los botones de los colores apropiados.

La parte delantera del tranvía, era la parte civilizada, la frecuentación era la más normal, mujeres, niños, ancianos, el vehículo estaba limpio y ordenado, había menos hombres. En el fondo, el mundo era rock, rap o el nombre que quieras, es decir, asientos, ventanas estaban pintadas, llenos de desperdicios de comida, latas de cerveza y otras cosas, no era raro que el olor fuera insoportable.

Estábamos en Navidad, un viernes por la noche, no había mucha gente, hacia el final del primer vagón un par de personas mayores. El hombre era robusto y sano, hundido en un grueso abrigo, llevaba un sombrero de ala ancha, hablaba con su esposa pequeña, en traje de invierno, pantalones negros y chaqueta de piel, ella estaba sentada en la ventana, su pelo corto bien peinado no estaba cubierto. Detrás de ellos, al comienzo del segundo coche, dos adolescentes, vestidas de discoteca, escandalosamente maquilladas y con poca ropa a pesar del mal tiempo. No dejaban de tocar sus teléfonos y no prestaban atención a nada.

Tres chavales de la misma edad, todos de cuero vestidos, una botella en la mano, la cabeza rapada, uno de ellos la había coronado con una cresta de iroqueses de color amarillo, subieron por la parte trasera cuando el tranvía se detuvo. No tardaron a fijarse en las chicas.

— Dime belleza, tienes unas tetas bonitas —dijo burlonamente el de pelo amarillo, agarrando sin dulzura el pecho de la primera.

Ella se retiró bruscamente, su vestido se desgarró por completo, su amiga intentó cubrirla, el tío insistía manifiestamente borracho perdido, ambas gritaban al unísono.

Sonó un silbato estridente, el hombre con el sombrero se había levantado, su mujer aún tenía el silbato en los labios.

— Lárgate de aquí, pendejo.

El cabrón se levantó, rompió la botella que tenía en la mano, y avanzó hacia el hombre amenazándolo. En ese momento su mujer silbó de nuevo, el tranvía se detuvo bruscamente, el niño se tendió en el suelo. La puerta se abrió y el hombre empujó firmemente al tío ebrio a la calle, los otros dos huyeron con él. El conductor se acercó para ver si todo estaba bien, la mujer ayudó a la chica a arreglar como pudo su vestido, luego ella y su marido saludaron y se alejaron tranquilamente. No estaban lejos de casa.

Jean Claude Fonder

Valor

Inés nació en una pequeña aldea rodeada de viñedos y bosques. Allí seguía viviendo en la pequeña granja que heredó de su padre. Se casó con Felipe, un campesino muy atractivo, y de la unión nacieron dos hijos José y Martín. Cumplía con el rol tradicional de ama de casa. El trabajo era muy duro, se encargaba de la casa, de los hijos, de la comida de todos. Un día mientras cocinaba el almuerzo para todos los trabajadores del viñedo, de pronto llegó Martín llorando y gritando que su padre había sufrido un ataque cardíaco. Felipe murió trabajando en lo que más creía, sus pequeñas parcelas de tierra, cultivando un tipo de uva especial.

Ahora empezaba un período muy difícil puesto que en aquellos tiempos se consideraban actividades exclusivas y apropiadas para las mujeres todas las ocupaciones vinculadas al espacio doméstico, sin ser valoradas y debidamente reconocidas. Pero Inés, cuya madre había muerto durante el parto, estaba acostumbrada a enfrentarse a las dificultades y, a pesar de su profundo dolor por la pérdida de su marido, decidió que tenía que tomar las riendas de la granja. Sabía que su valor estaba en la capacidad de conocerse a sí misma confiando en sus recursos y capacidades. No fue nada fácil, como mujer, y además con dos hijos aún adolescentes. Todos los vecinos de la aldea trataron de desanimarla, diciéndole que tenía que ocuparse de los niños, de la casa y de la comida. Que mejor sería elegir a un agricultor del pueblo para que se encargara del cultivo, la vendimia y la venta de las uvas. O incluso mejor, casarse con un agricultor local. En pocas palabras, se necesitaba un hombre. No se dejó intimidar y continuó luchando por su granja; otras mujeres se unieron a ella. No consiguieron nada. Los hombres seguían teniendo el poder en sus manos.

En aquel período enormemente complicado quedó tan debilitada que pensó en abandonarlo todo, la granja, la lucha, incluso a los hijos. Su valor se había agotado. Así que ese día salió de casa, cansada, harta, las dificultades aumentando. Se fue a vagar por el bosque, estaba rodeada por nogales y robles, el viento movía las ramas y las hojas, soplando con fuerza. A lo lejos le pareció ver algo que yacía en el suelo. Se estremeció un poco, pero decidió acercarse para ver de qué se trataba. El cuerpo de un hombre estaba allí tumbado sobre el terreno del bosque. Parecía muerto, pero estaba durmiendo. Inés hizo un poco de ruido y por fin el hombre despertó y se levantó. Delgado, alto, llevaba una capa negra, la cara pálida. Mirando a Inés con sus ojos de color ámbar, le dijo: “Sé quién eres. Una mujer inteligente y luchadora, pero ahora veo que estás cansada y decepcionada. Necesitas desaparecer y descansar un poco. Puedo ayudarte. Entonces agarra mi mano si tienes el valor para ser invisible”.

 Así fue. Y sin preguntar nada Inés tomó la mano del hombre y se hizo invisible, supervisionando su granja, y entrando en las mentes de las mujeres ayudándoles a seguir adelante con valor.

Raffaella Bolletti

Un Héroe

En un octubre luminoso, hace muchos años, el verano no quería convertirse en otoño. No eran muchos los temerarios que se bañaban, pero en la playa no faltaban los fanáticos del bronceado. Sin embargo, estaba claro que era octubre: las llegadas ya tenían sabor a salidas, como cuando vas a despedirte del mar por última vez, mientras tu equipaje ya te espera en el coche.

Avanzamos por el muelle, sobre las grandes piedras que lo formaban irregularmente: era efectivamente incómodo para pasear, pero disfrutamos de ese último resto de verano, sorprendidos y agradecidos por el día soleado. El azul claro nos consolaba de la pasada semana sombría.

-¡Buenos días!

El anciano, de pie en la playa de donde partía el muelle, se apoyaba en un bastón, pero su voz era enérgica y amigable.

-¿Veis lo que significa envejecer?

Llevaba un sombrero alpino y estaba perdido en una chaqueta demasiado pesada que, en algún momento, debió de ser de su talla.

-Durante la guerra, con estas piernas, yo subía a los postes de alta tensión, con el riesgo de morir electrocutado, para cortar los cables eléctricos…- y agitaba su brazo libre, señalando aquellos pilones que tal vez todavía creía ver. -Y ahora, ya veis… tengo ochenta y cinco años… ahora me da miedo pasar por aquí, porque podría caerme y hacerme daño.- 

Pero su tono de voz era jocoso y lleno de simpatía, no quejumbroso.

¿Debíamos ofrecerle ayuda, quizás proponerle acompañarlo hasta el muelle? Pero parecía que solo quería charlar…

-¿De dónde sois?- Añadió, pero no nos dio tiempo de responder- No quiero haceros perder tiempo, solo os voy a contar una historia.

Pero teníamos todo el tiempo que él quería: ese día estábamos de vacaciones.

-¡Qué buenos chicos! ¡Realmente tenéis las caras hermosas!- Y nos estrechó la mano primero a uno, luego a la otra. 

-Pero ¿sabéis que la que estáis estrechando es la mano de un héroe?

Nos mostramos incrédulos, admirados. 

-Sucedió cuando estaba combatiendo en la guerra: había un chico al que, yo habría podido matar… 

Su mano agarró la mía con más fuerza, mientras su bastón golpeaba rítmicamente el suelo.

-Su mamá estaba allí, estaba llorando, creía que lo iba a matar. Pero yo vi que era casi un niño, y le dije en italiano: -ma vai, che non ti ammazzo mica! – y con estas manos lo liberé y lo dejé ir. 

Sus ojos volvieron a medir el obstáculo.

-No, no… puedo ver el mar desde aquí. ¡No quiero caerme y hacerme daño, tengo ochenta y cinco años, yo! Él sonrió. -¡Qué buenos chicos, os deseo mucha suerte!

Las palabras, las verdaderas, me faltaron: no los habituales «gracias» y «buenos días» que decía. Me hubiera gustado tal vez abrazarlo o llamarlo «abuelo». Pero tal vez él ya lo sabía.

Nos alejamos y nos volvimos para saludarlo con un gesto.

-¡Recordad, que le habéis dado la mano a un héroe! -nos gritó el soldado alpino, desde la orilla del mar.

Silvia Zanetto

Valor

Ese día era nublado y con viento, notó Marcos pero dado que era el último de las vacaciones, esa noche volvía a Madrid porque empezaba de nuevo a trabajar, fue a la playa. El mar estaba muy agitado con olas enormes y había poca gente. Cuando se había acomodado para mirar el sol, Monti, un niño muy chico que escapando a su padre estaba entrando en el mar y en ese momento una ola lo capturó y lo estaba llevando para dentro. Marcos, sin perder un segundo y con esfuerzo consiguió aferrar al niño y ponerlo a salvo. Los padres del niño no sabían cómo darle las gracias pero Marcos demostrando ser un bombero de valor y generoso dijo que no había hecho nada extraordinario, que cualquier persona lo habría hecho él estaba ahí y lógicamente salvó al niño, nada más. El padre del niño lo abrazó, se intercambiaron los nombres y apellidos él volvió a Madrid. Pasaron los años y Marcos se enfermó de una rara infección en los pulmones; el antibiótico che necesitaba venía de los Estados Unidos y era muy caro, pero non había ninguna otra solución, la cura daba buenos resultados y Marcos para pagarla tenía que vender la casa, pero no le importaba. Curando fue a la administración y pidió la factura vio que ya estaba pagada; quedó muy sorprendido pero vio escrita una fecha: 22 de agosto de 1974, firmado Manuel de Silva, era el niño que había salvado, era el director de la clínica y quería darle gracias porque salvando su vida, arriesgando la suya, le había dado la oportunidad de vivir.

Gloria Rolfo

Reflexiones

Ni soy valiente ni quiero serlo. Dicen que el valor es una virtud, y de hecho es una cualidad muy reconocida, pero yo creo que pudiera tratarse más bien de un complejo de inferioridad. La cobardía en cambio puede llegar a ser una ventaja. Y no nos equivoquemos, no es lo mismo ser cobarde que traidor. La cobardía nos exime de la necesidad de exponernos de forma inútil al peligro. En cambio, la traición supone un acto de pura deslealtad y egoísmo. No digo que tener valor no esté bien, pero mejor es ser cauto. Es más seguro vadear un río desconocido que intentar cruzarlo a las bravas. Aunque tardemos más. A la cobardía se la ha estigmatizado como deleznable, pero al fin y al cabo es otra forma de supervivencia. Porque de eso se trata: no de ser valiente, sino de sobrevivir. Como sea. No nos podemos equivocar.  La naturaleza no es compasiva. No sólo el valor y la fortuna cuentan como méritos. También la inteligencia. Y más inteligente es el que esquiva al león que aquel otro que se le enfrenta, que por algo se ha ganado el título de rey de la selva. Si aciertas, ganas. De la forma que sea. Y no es porque yo lo diga, es porque así sucede continuamente.  Lean si no los periódicos. No hay premio de consolación porque hayas sido bueno. Si te han vendido esa historia te han engañado. Tampoco hay premio para los perdedores.

Sergio Ruiz Afonso

¡La persona más valiente que conozco!

Hoy estamos celebrando: Cayetana cumple 60 años y hemos preparado una pequeña fiesta de sorpresa. Somos pocos íntimos amigos. 

Es una mujer a la que la vida siempre se lo ha puesto bastante difícil, sin embargo, sí ha conseguido salir adelante y, sobre todo, su mirada es risueña y trata esconder las palizas que la vida le ha dado, ¡pobrecita! 

Mide casi 1.85 y parecía destinada a ser una excelente jugadora de baloncesto. Por unos años hasta ha jugado a nivel profesional alcanzando unas cuantas medallas. Durante un entrenamiento, como a veces ocurre, se cayó rompiéndose una rodilla. Después de la operación los médicos estaban muy pesimistas. Si bien sí iba a poder seguir caminando sin ninguna dificultad, le tocó abandonar por completo las competiciones. 

¡No se rindió, ni se dio por vencida y comenzó a buscar trabajo en lo que fuera para ganarse la vida fuera del deporte! Al ser amigable y parlanchina, empezó como dependienta en una tienda. 

Parecía el sitio para ella: era capaz de brindarle excelentes consejos a todas las clientas, que salían felices y volvían buscando su asesoría. Tenía un don para combinar la ropa y escoger la prenda adecuada. 

La tienda, por culpa de las deudas del dueño, tuvo que cerrar, así que a Cayetana le tocó conseguir otro empleo. Mientras tanto, el padre fallece de un infarto y son dos duros golpes al mismo tiempo. 

No se puede permitir el lujo de estar en casa rascándose la barriga, así que consigue en una perfumería cerca de la casa. A decir verdad, le gustaba más vender ropa, pero ella es una mujer todoterreno y se adapta a los cambios.  

Ahora que tiene 60 años puede reflexionar un poco, sin dejar de pensar en su madre y sus achaques. Se siente sola. Sus hermanas están demasiado ocupadas con esposos e hijos para encargarse también de la abuelita enferma. 

La fiesta se acaba y los presentes leemos una carta para ella. La conozco desde hace años y es la primera vez que veo una lágrima surcar su rostro. Está emocionada con tanto afecto que por unos minutos se olvida de su madre enferma y disfruta de nuestra compañía.

El sombrero de Carito

Aquella noche

Esa noche, cuando volví a casa, yo estaba como vacía. Sin llanto, sin gritos, solo vacío. Me arrancaste una parte de mí. Esa noche volví a casa a eso de las 4 de la mañana y me sentí sucia y mala como si me hubieran castigado. ¿Es culpa mía? ¿La forma en que actué te hizo pensar que era un sí? ¿La forma en que estaba vestida, quizás? Me pediste que subiera, debí haber entendido lo que iba a pasar, pero te seguí. Subimos y me besaste, pero no me opuse… Me desnudaste, al principio pensé que quería, aunque mi cuerpo me hacía señas de que parara. Era débil contigo y lo sabías. Había bebido demasiado, no te conocía, pero nunca pensé que me harías pasar por esto. Empezaste a tocarme, no sabía cómo detenerte, así que me quedé allí, paralizada, incapaz de moverme, no me atreví a gritar, pero en el fondo sabía lo que me estaba pasando y sin embargo me quedé allí, impotente, ahogándome bajo tus manos que me sujetaban tan firmemente. No te dije que no. No sabía cómo. No es que me preguntaras si quería. Tenía 14 años, tío.

Bruselas, 6 de febrero de 2023

Ce soir-là

Ce soir-là, en rentrant chez moi, j’étais vide. Pas de pleurs, pas de cris, juste du vide. Tu m’as arraché une partie de moi. Je suis rentrée chez moi, ce soir-là vers 4h du matin, je me suis sentie sale et mauvaise comme si j’avais été punie. Est-ce que c’est ma faute ? Est-ce que la façon dont je me suis comporté t’as fait croire que c’était un oui ? La façon dont j’étais habillée peut-être ? Tu m’as proposé de monter, j’aurai dû comprendre ce qui allait se passer et pourtant je t’ai suivi. On est monté et tu m’as embrassée, je n’étais pourtant pas contre…Tu m’as déshabillée, au début j’ai cru que je voulais, même si mon corps me faisait signe d’arrêter. J’étais faible par rapport à toi et tu le savais. J’avais beaucoup trop bu, je ne te connaissais pas mais je n’aurai jamais pensé que tu allais me faire vivre ça. Tu as commencé à me toucher, je ne savais pas comment t’en empêcher donc je suis restée là, paralysée, incapable de bouger, je n’ai pas osé crier mais au fond de moi je savais ce qui était en train de m’arriver et pourtant je suis restée là, impuissante, en train de me noyer sous tes mains qui me tenaient si fermement. Je ne t’avais pourtant pas dit non. Je ne savais pas comment. Non pas que tu m’aies demandée si je voulais. J’avais 14 ans, mec.

Bruxelles, le 6 février 2023

 Il Salone del Mobile

¿Qué significa para mí la Feria del Mueble? Que mi ciudad natal, por una semana entera, se llene de extranjeros, en su mayoría diseñadores extravagantes y el metro siempre esté lleno de gente, que no cabe ni una aguja y que se me haga difícil regresar a la casa. Sin embargo también hay una nota positiva: intentar ayudarlos a ubicarse en las intricadas callejuelas de Milán y hacerlo en su idioma materno.

Por ejemplo, caminar tranquila rumbo a la universidad, toparse con una pareja de ancianos australianos que están desesperados buscando los servicios y entablar una pequeña conversación con ellos acerca de los viajes, de un país tan lejano como el donde han nacido ellos, acerca de su hijo que vive en Toronto y las cataratas del Niagara.

Intentar seguir el camino y que te interrumpa otra pareja, ya que te escuchó hablar en un “perfecto” inglés canadiense, intuir que son hispanos, preguntarles de donde son y, a su respuesta “¡México”! comenzar a hablarles en español. Esta vez la inquietud es acerca de de una zona de la ciudad (que ellos previamente saben que queda ahí cerquita) donde se come bien y hay unas callecitas minúsculas llenas de restaurantes.  La respuesta es ¡Brera! y darles instrucciones acerca de cómo llegar hasta ahí.

La conversación está a punto de terminar cuando les digo que no son mexicanos (por el acento es evidente que son del Cono Sur) y su respuesta es que tengo la razón: son uruguayos, aunque lleven muchos años viviendo en México y sí, les confirmo que tienen un ligero tonito de Cantinflas.

El sombrero de Carito

Mi Camagüey

Sabemos que Florida, y en particular la ciudad de Miami, está llena de cubanos que, por cercanía geográfica, llegan a los Estados Unidos en busca de un sitio mejor para vivir y poder criar a sus hijos. 

Como es de esperar, muchos de ellos tienen negocios, tiendas y discotecas que montan para sentirse un poco en casa. 

Hoy deseamos detenernos en un bar-restaurante que se llama Mi Camagüey ya que el dueño y gestor del mismo es oriundo de la “ciudad de tinajones”. Es una persona extremadamente amable, caribeño hasta la médula y, sobre todo, músico e interesado en la verdadera esencia cubana. El propósito de su discoteca es invitar a las orquestas para tocar en vivo y también que los clientes pasen un rato agradable. 

Siempre intenta contratar a los artistas emergentes para amenizar las noches. Este sábado se realizará un concierto donde se presentarán “María Mambo y su Combo”: es una muchacha encantadora que tiene una voz angelical y que, además de cantar, toca los timbales. Sueña con llegar al nivel de Tito Puentes y ser famosa como Celia Cruz. 

Se mueve con destreza en la tarima y los clientes de Mi Camagüey están conformes con el espectáculo. La orquesta es de altísimo nivel y todos bailan al ritmo de salsa. Se divierten y disfrutan de una noche inolvidable. No están en Cuba, sin embargo sí los ritmos de la isla repican en el aire.

El sombrero de Carito

De donde viene la música

No tenía el dinero para comprarse un piano. A fin de mes su sueldo y el de Yolanda servían para cosas más importantes: alquilar un departamento grande, mudarse cerca del centro, mandar a los chicos al colegio, vestirlos, pagar las cuotas del primer 2CV, de la nueva nevera con congelador incorporado, del tocadiscos Wincofon y de los seis LP del Clavicembalo ben temperato grabados unos años antes por Wanda Landowska. Tenía que pensar también en unas cortas vacaciones en alguna playa del Atlántico, tal vez en el camping El Pinar donde había conocido a Yolanda cuando el lugar era una extensión de médanos salvajes y los dos estudiantes. Por ese entonces él era un joven bohemio, un pianista nocturno que tocaba jazz por los arrabales de la ciudad, y en verano bossa nova en los boliches de la costa. En uno de ellos había encontrado a Yolanda. Se habían amado bajo la fosforescencia de las olas. Después, lo de siempre: casamiento, dos hijos, el trabajo, el abandono de la carrera y de sus aspiraciones musicales. Con el pasar de los años su temor crecía proporcionalmente al envejecimiento de sus articulaciones. La figura que por las mañanas le devolvía el espejo lo asustaba: un hombre cuarentón, demacrado, medio calvo, con corbata y ceño fruncido, que habría de perder para siempre la soltura y agilidad de sus manos si no encontraba una solución definitiva. No podía seguir tamborileando el Preludio de Debussy sobre la valija de cuero negro, se decía, mientras enfrascado en su rol de visitador médico esperaba que el profesional de turno se dignase recibirlo. Ni tampoco solicitar el favor de amigos o parientes que lo miraban desconfiados cuando se escabullía en la penumbra de los salones en busca de viejos pianos, generalmente verticales y desafinados. 

Fue así que un día decidió construir con sus propias manos un teclado. De los instrumentos a su alcance estudió estructura y proporciones. Hizo dibujos y diagramas, tomó notas precisas de la relación entre teclas, martillos y contrapesos. A pesar de las quejas de Yolanda el hombre terminó instalándose en el cuarto en la azotea, frente al galpón de las herramientas. Ahí trabajó durante meses y meses sin descanso, por las noches y en cada rato libre. Consumido por la pasión del teclado se desentendió casi de Yolanda y cuando bajaba las escaleras para ir a la cocina o al trabajo, atravesaba el vocerío de los chicos sin mayor atención. Y así, en aquel galpón serruchó tablas, limó maderas, martilleó clavos y tornillos, cortó pedacitos de fieltros rojos y verdes con los que hizo cientos de almohadillas. Con un soplete fundió trozos de plomo hasta obtener diminutos lingotes que atornilló al extremo de las varillas para lograr contrapesos. Y cuando las ochenta y ocho teclas estuvieron listas, cincuenta y dos blancas y treinta y seis negras, las asentó una por una sobre los balancines del chasis que había preparado de antemano y que, apoyado sobre dos caballetes, esperaba en el cuarto de arriba.

Este teclado sin cuerdas fue apodado en familia “el piano mudo.” Es donde mi padre, en mi temprana adolescencia, se ejercitó en partituras variadas para mantener, como decía, la agilidad en los dedos. Tiempo después, Yolanda y él se separaron. El hombre logró al final comprarse un piano verdadero. Cuando murió, encontré en el desván de su departamento una caja grande de cartón con el viejo teclado desmontado. Volví a mi hogar, al otro lado del océano, con algunas teclas en la valija y fabriqué con ellas una especie de escultura que hoy cuelga en la puerta de mi pieza. Cada vez que la miro siento algo que vibra, el eco, quizás, del hombre frente al teclado mudo que en aquel cuarto lejano sigue tocando Bach.

Adriana Langtry

Música

Yo tenía una hermana que era dieciséis años mayor que yo, ella era mi ídolo, era muy hermosa, y desde pequeña intentaba imitarla, me ponía su ropa, sus zapatos de tacones y jugaba con una amiga mía a ser damas.

Aunque a veces me regañaba porque le estropeada todo, me quería muchísimo y siempre me llevaba con ella cuando salía con sus amigos, tanto es así que me habían convertido en una especie de mascota del grupo y me llenaban de dulces y chocolate.

Además de ser hermosa, había aprendido a tocar la guitarra con un tío músico y cantaba con una voz muy agradable y afinada, a menudo entretenía con su música la familia y los amigos organizando veladas en nuestra casa, durante las cuales bailábamos teniendo mucho de diversión de una manera sencilla como  se usaba en aquellos tiempos.

Lamentablemente cuando yo tenía 11 años, ella se casó y se fue a vivir a un pequeño pueblo de montaña, como ella sufría mucho por la distancia de su familia yo pasaba todo el verano a su casa, dando largos paseos juntos y cantando todo el tiempo, a pesar de que yo era bastante desafinada.

Pasaron varios años, cuando yo ya tenía hijos y los suyos eran grandes, cada verano íbamos de vacaciones una semana ella y yo solas, durante el viaje en auto recuerdo que escuchábamos la música a máximo volumen, logrando charlar de todo.

El único problema con la diferencia de edad fue que en un cierto momento ella empezó a envejecer rápidamente, se olvidaba de las cosas, y ya no podía manejarse sola, traté de pasar el mayor tiempo posible con ella, pero ya no era la hermana que recordaba llena de vida y alegre, todos sufríamos al verla reducida a eso, lo que echábamos de menos era el sonido de su guitarra y su hermosa voz que nos animaba.

Pronto su vida terminó dejando un vacío que nadie podía colmar, por mucho tiempo ya no quise escuchar música  sin ella.

Aunque han pasado muchos años, si alguien pone música en el auto, me siento mal y lloro sin poder controlarme, non estaba preparada a perderla, me parecía que ella podría ser parte de mi vida para siempre.

Leda Negri

Música perdida y reencontrada

Ojalá me entendiera más de música, pienso. Podría apreciar mejor este concierto de Puccini que van a ejecutar para celebrar el centenario de su muerte, en una iglesia antigua, con una sillería de madera: una iglesia que nunca había visto, a pesar de que está en un pueblo bastante cerca del mío. Ojalá me entendiera más también de arquitectura, pienso. 

Llego poco antes de que el concierto empiece, pero como he reservado un asiento, me hacen sentar en la primera fila. Leo los títulos de los extractos de las óperas que van a ejecutar: son muy famosos, los conozco casi todos. 

Recuerdo que, cuando era una chica de la escuela primaria, mis compañeras de clase me tomaban el pelo porque yo solía escuchar discos de música clásica, en vez de las canciones de Mina y Celentano que estaban de moda en aquella época. Había aprendido a apreciar a Beethoven y a Mozart, a Vivaldi y sobre todo a Chopin -que mis amigas pronunciaban “Coppìno” para burlarse de mí- gracias a mi padre que cada día llenaba nuestra casa de conciertos, a través de nuestro antiguo tocadiscos de madera, de los que ahora ya no existen. Y con el tiempo, él logró hacerme valorar también la ópera, sobre todo la “Cavalleria rusticana” de Mascagni, que era su favorita… Y Puccini, por supuesto, que aprendí a apreciar con el tiempo. Yo ahora ya no tengo un tocadiscos, así que no puedo escuchar los discos, pero he decidido tener en mi casa todos los de papá.

Los músicos salen: estoy a unos 50 centímetros de los violinistas, un metro del director de orquesta. Entran el coro y la cantante principal, cuya voz aguda de soprano desde mi oído va a entrar en mi mente y en mis recuerdos.

Escuchamos, aplaudimos, nos emocionamos, estamos conmovidos: es una tarde especial para todos, pero sobre todo para mí: la música perdida que hoy se ha vuelto.

Silvia Zanetto